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Youssef Bazzi ; un journaliste arabe qui ose condamner « l’hypocrisie arabe »

Le  journaliste libanais Youssef Bazzi exprime, dans le quotidien Al-Mustaqbal, sa colère contre les dirigeants arabes qui font de la surenchère démagogique avec le sang des Palestiniens. 

L’information : une poignée de blessés est évacuée de la bande de Gaza afin de recevoir des soins en Libye. Moi, je me souviens des milliers de Palestiniens qui croupissent dans le Sahara, à la frontière égyptienne, depuis que le colonel Muammar Kadhafi les a expulsés [en 1995].

La scène : le président soudanais en uniforme parle à ses généraux pour dire que la mort de centaines de Palestiniens constitue « un génocide ». Moi, je me souviens d’un génocide qui a lieu au Darfour.

La nouvelle : en Irak, le mouvement de Moqtada Al-Sadr [radical chiite] organise des manifestations de soutien à Gaza. Moi, je me souviens du sang que les milices sadristes ont fait couler et des milliers de réfugiés palestiniens qui ont dû quitter Bagdad et qui campent dans le désert à la frontière syrienne ou jordanienne en attendant que quelqu’un veuille bien les accueillir.

La surprise : Ayman Al-Zawahiri [le numéro deux d'Al-Qaida] dénonce le bombardement de civils. Moi, je me souviens de la « résistance » irakienne qui, le même jour, envoie une kamikaze se faire exploser au milieu d’une manifestation de soutien aux Palestiniens à Mossoul, faisant des dizaines de victimes.

L’annonce : des groupes gauchistes et islamistes de l’opposition égyptienne manifestent contre l’offensive israélienne. Moi, je me souviens de leur silence face aux crimes commis au Soudan et de leurs cris de soutien à Saddam Hussein, l’ancien président irakien pour qui le chemin de Jérusalem passait par le massacre de centaines de milliers de ses propres citoyens.

La publicité : la chaîne satellitaire du Qatar Al-Jazira diffuse une campagne contre l’impuissance des régimes arabes. Moi, je me souviens des bombes qui transitaient par le Qatar avant d’être acheminées vers Israël au moment de la guerre contre le Liban en 2006. Qu’à cela ne tienne, le Qatar a été le seul pays arabe qui a eu droit à des affiches placardées par le Hezbollah en remerciement pour ses généreux dons d’argent. Je me souviens que le Qatar abrite la principale base militaire américaine du Golfe et héberge un représentant des intérêts économiques israéliens [cette représentation vient d'être gelée].

La surprise : le régime syrien autorise des manifestations… contre la passivité des autres régimes arabes. Moi, je me souviens du calme qui règne aux frontières de ce pays « du front du refus » et au sort de tous ceux qui s’aventureraient à les traverser afin de s’infiltrer en Israël. Je me souviens de la chasse que Damas faisait dans les années 1970 et 1980 pour combattre l’Organisation de libération de
la Palestine (OLP).

L’image : Khaled Mechaal, le chef extérieur du Hamas – installé à Damas et non pas sous les bombes à Gaza – déclare : « Nous avons limité nos pertes. » Il ne parle que des pertes dans les rangs du Hamas, réduisant les centaines de morts et les milliers de blessés à une variable d’ajustement.

Israël promet à ses citoyens la tranquillité, fût-ce au prix de rayer Gaza de la carte. Quant au Hamas, il promet à ses citoyens la mort prochaine, fût-ce au prix du tir d’une misérable roquette. Quelle belle stratégie, grisante et prometteuse ! Elle permet au Hamas d’annoncer la « victoire » quels que soient les résultats de la guerre et quel que soit le nombre de victimes. Une victoire incontestable. Car comment ne pas être désarmé face à celui qui défend l’idée selon laquelle on détruit Israël en lançant des roquettes alors qu’on sait que les représailles provoqueront la mort de centaines d’enfants palestiniens ?

Ce que nous avons appris encore et encore, c’est que chaque fois qu’on a encensé la résistance, on a récolté une guerre civile. Les Arabes en général et les Palestiniens en particulier sont fatigués par soixante années de conflit. Il en va de même pour les Israéliens. Pour les adeptes de la résistance, la fatigue relève de la « défection » du côté arabe, et de la « faiblesse » du côté israélien. Ils veulent relancer le conflit et lui insuffler une nouvelle vigueur. Mais dans quel but ? La seule chose qui nous semble acquise, ce sont ces « victoires divines » qui se traduisent par des guerres civiles, des invasions américaines, des raids israéliens.

Youssef Bazzi, Al Mustaqbal, janvier 2009

Remarque du Collectif 

Encore une fois un journaliste libanais  et courageux .Il faut reconnaître  que la presse libanaise est la plus libre par rapport au reste du  monde arabe.  Youssef Bazzi  a plus que raison de condamner « l’hypocrisie arabe » qui devient de plus en plus insupportable à chaque crise à Gaza. Où sont t-ils les arabes lors des conflits du Fatah d’Arafat avec l’Égypte de Nasser puis le massacre de Septembre noir par l’armée jordanienne (5,000 à 10,000 morts) avant leur transfert au Liban début 70 ? Où sont t-ils les arabes lors du massacre de l’armée syrienne contre le soulèvement de Hama (20,000 morts) début 80 ? Où sont t-ils les arabes  lors des massacres des Kurdes irakiens  et de l’invasion du Koweït en 90 avec la complaisance des palestiniens ? Où sont t-ils les arabes lorsqu’en Algérie les islamistes  ont massacrés 700,000 personnes entre 1991-2006 ? Où sont t-ils les arabes lors du massacres et l’esclavage du Soudan contre les chrétiens du sud au milieu 80 et maintenant au Darfour (environ 1 million de morts au total) ?    

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